07 Mai « Marquée au fer » – Eva Delambre

J’attendais ce cinquième livre d’Eva Delambre avec réserve pour deux raisons. La première était que j’avais été déçue de son précédent roman « L’envol de l’Ange » dans lequel je ne m’étais pas retrouvée. Pas assez d’évidence. La deuxième était qu’Eva Delambre avait un jour prévenu ses lecteurs que l’histoire de « Marquée au fer » serait celle de Hantz et de sa soumise Laura, deux protagonistes de « Devenir Sienne » (le premier roman de l’auteure), histoire à laquelle je n’avais pas vraiment adhéré pour diverses raisons mais tel n’est pas le sujet de mon propos ici. Hantz y était décrit de manière très caricaturale et très théâtrale, trop pour qu’il soit crédible à mes yeux… En parallèle, « Marquée au fer » était clairement affiché comme un roman pour public averti, où le SM serait abordé sans détour. Évidemment, l’idée me plaisait énormément, mais je craignais alors que l’auteure s’égare et fasse de Hantz cette figure que je n’avais pas apprécié dans « Devenir Sienne ». J’avais peur que ça soit « trop » et que ça sonne faux. « Marquée au fer » était donc attendu avec une certaine retenue et méfiance de mon côté et pourtant…

Mon but n’est certainement pas de vous livrer l’histoire du livre. Vous ne trouverez ici que mon avis, ma critique personnelle en rapport avec ma propre expérience de ma soumission mais rien de plus. Cette histoire, pourtant attendue sur la défensive, m’a transportée, transcendée, submergée. Dire que je l’ai aimée est trop faible. Je l’ai adorée. Tant et tellement qu’après l’avoir lu dans son intégralité, je me lance dans la relecture immédiate de ce roman. Pour le savourer plus lentement, et m’imprégner des détails que mon cerveau n’a pas eu le temps d’enregistrer à cause de la boulimie de ma première lecture.

Là où je craignais que l’auteure en fasse trop, il n’y a eu que justesse et évidence. Une évidence que j’ai ressenti chez les deux personnages principaux mais qui m’a particulièrement touchée chez Laura tant je me suis reconnue en elle sur de nombreux points. Laura ne doute pas de sa soumission, ne s’interroge pas sur ce qui est bien ou ne l’est pas, ou sur le pourquoi du comment elle aime ça. Laura vit sa soumission et s’offre. Laura ne porte pas un désir de soumission, Laura sait que c’est le fondement de son être. C’est une certitude. Une évidence. Elle ne se pose pas de question. Elle sait et assume pleinement sa différence. Et c’est cette évidence qui a résonné chez moi de manière incroyable. Par exemple, Laura parle souvent de ce que les autres nomment « humiliation », un terme qui ne fait pas écho chez elle et pour cause. Laura ne sent pas humiliée. Dans ces moments, il ne s’agit pas pour elle d’aimer ressentir de l’humiliation imposée par son Maître. Non, c’est aimer ça tout simplement. C’est aimer se faire insulter, cracher dessus, gifler et plus encore. Et ça, c’est complètement différent. De la même manière Laura n’aime pas se faire frapper, flageller, fouetter par son Maître seulement parce que, Lui, en a envie. Non, Laura aime la douleur, aime avoir mal, cherche la limite et en veut toujours plus, plus loin, plus fort. Je me vois dans Laura, dans cette quête et ce besoin ultime d’absolu. Au-delà de me faire plaisir, cela m’a fait du bien. Laura a parlé à l’esclave que je suis. Elle m’a parlé intimement et profondément… J’ai aussi retrouvé dans son Maître beaucoup du mien. Hantz parle peu, il ordonne et impose mais ne discute pas. Pas de grandes tirades ni de grandes explications. Un geste ou un regard suffit pour obéir. Hantz est également un Maître sadique. Il aime contraindre et soumettre mais aussi, il aime faire mal. Il aime marquer le corps autant qu’il marque l’âme. Il est aussi d’une exigence extrême lors de ses séances, imposant le silence et la dignité à sa soumise. En ça, j’ai tellement reconnu mon Maître… Hantz et Laura sont l’essence même de ce que nous sommes mon Maître et moi. Nous sommes faits dans le même moule. Et notre Lien est de la même nature. Bien entendu, il s’agit d’un roman, il y a donc une bonne partie de ce qui y est conté que jamais nous ne vivrons. Mais il constitue le fantasme que j’aimerais atteindre. Pouvoir égaler Laura dans sa résistance à la douleur et dans son abnégation la plus totale. Elle est celle que j’aimerais être et que je travaille à être. Elle est mon principe de plaisir là où je dois composer avec le principe de réalité…

« Marquée au fer » a pour moi détrôné « l’Esclave » qui était jusqu’alors mon roman préféré d’Eva Delambre. Ce cinquième opus m’a touchée en plein cœur et laissera chez moi des envies d’encore.

Carla.

Esclave Carla
Esclave Carla
carla.basticx@gmail.com
7 Comments
  • Anaëlle
    Posted at 17:19h, 07 mai Répondre

    Ton article me donne envie de me remettre sérieusement à la lecture. Je suis actuellement en train de lire L’envol de l’ange et je dois dire que je suis un peu perturbée que tu aies été déçue.

    J’avais entendu parlé de ce dernier roman, le titre est fort et laisse imaginer si on le lit au premier degré le branding, à moins qu’il ne s’agisse au contraire du marquage de l’âme de Laura…

    Tout comme toi, je n’ai pas accroché à ces personnages dans devenir sienne, à vrai dire je n’ai pas du tout accroché au livre mêem si certains passages m’ont plu. C’est, pour moi, un enchainement de scènes et de pratiques comme s’il fallait tout tester, difficile de s’y projeter il manque quelque chose mais chaque auteur(e) doit faire ses débuts et je retrouve en général chez Eva Delambre la justesse des sentiments et ressentis..

    L’esclave est celui qui me reste le plus en tête, il m’avait paru au moment de la lecture trop dur, trop sévère et pourtant il trouve désormais écho en moi.

    Ta critique me donne en tout cas d’en savoir plus et il se pourrait donc bien que ce soit ma prochaine lecture. 😉

    Mes respects à Maître Virx,

    Je t’embrasse,
    Anaëlle

    • Esclave Carla
      Esclave Carla
      Posted at 18:28h, 07 mai Répondre

      Et oui, l’envol de l’Ange m’a déçue… Trop de questionnements, trop de manque de certitude, pas assez d’évidence dans la soumission de Ange à mon goût… Mais c’est personnel, je ne doute pas que beaucoup l’ont aimé.
      En ce qui concerne Devenir Sienne, j’ai appris après sa lecture qu’Eva Delambre l’avait écrit avant même de connaître elle-même la soumission, et elle ne l’avait pas écrit au départ en pensant écrire un livre, je pense que ton impression de scènes juxtaposées les unes aux autres provient de là.
      Quant à Marquée au fer, je te le conseille c’est certain, j’ai a-do-ré… Après il est certain qu’il ne peut pas plaire à tout le monde…
      Tu me feras ton retour si tu le lis? 🙂
      Je te prie de présenter mes humbles respects à ton Maître,
      Belle soirée à toi jolie Anaëlle,
      Carla

      • Anaëlle
        Posted at 20:52h, 07 mai Répondre

        Avec plaisir 🙂 je suis impatiente de m’y mettre mais il me faudra avant terminer L’envol de l’ange.

        Je t’embrasse ma belle,
        Anaëlle

  • Maître TESAMO
    Posted at 08:13h, 08 mai Répondre

    Il est toujours intéressant de lire une chronique ou un avis d’une vraie soumise. Une jolie expression écrite qui ne gâche rien. Mon avis pourrait apparaître comme peu partial. Pourtant si on connaît ce monde on ne peut douter une seconde qu’un Maitre ne soit pas démagogique ou compatissant vis à vis d’un roman écrit par sa soumise. Je suis sans doute le lecteur le plus sévère d’Eva Delambre. Si mon roman préféré reste l’Esclave, tant Eva s’y livre plus que jamais, j’ai également adoré Marquée au Fer. Il fallait oser écrire cela, en 2027, après la déferlante des romans BDSM teintés à l’eau de rose. Aussi étrange que cela puisse paraître j’ai aussi aimé l’Envol car après le succès de l’Eveil de l’Ange, le sujet abordé par Eva Delambre était des plus difficiles. J’ai accompagné cette écriture et j’en connais le coût. Une lectrice vanille n’y trouvera sans doute pas son compte, mais une soumise peut se projeter et se questionner suivant le schéma des réflexions d’Ange. Et cela aussi sonne juste. Bonne re re lecture de Marquée au Fer.

    • Esclave Carla
      Esclave Carla
      Posted at 10:08h, 08 mai Répondre

      Monsieur TESAMO,
      Je vous remercie pour ces quelques mots laissés sur mon article.
      Je ne peux que partager avec vous l’audace de votre soumise Eva pour avoir osé publier un livre aussi incisif et percutant que « Marquée au fer ».
      En ce qui concerne l’envol de l’Ange, je ne doute en aucune façon qu’il fasse échos chez nombre de soumises et de leur Maître, c’est évident.
      Mon rôle ici-même en mon blog est de parler de ce que je vis et ressens à travers ma soumission. Je m’y livre sans détour et sans filtre, qu’il s’agisse de mes réflexions, de mes difficultés ou de mes évolutions aux pieds de mon Maître. Ainsi, lorsque je livre une critique, qu’elle soit positive ou plus mesurée, je ne le fais qu’à travers ma propre expérience, mon propre ressenti.
      Il est donc tout à fait certain que l’envol de l’Ange aura su toucher les lecteurs qui se retrouveront dans les questionnements d’Ange, là où ce n’est pas le cas pour moi.
      Pour ma part, et comme je l’ai précisé dans cet article, c’est en Laura que je me retrouve. Marquée au fer est un roman qui m’a fait du bien dans ce qu’il pouvait témoigner. Oui, la soumission peut être une évidence, une certitude. Oui, on peut s’y plonger ainsi sans détour, sans se demander pourquoi nous sommes ainsi. Juste parce que c’est un fait, juste parce que c’est ce que nous sommes.
      Alors pour cela, et pour tout ce que j’ai évoqué dans mon article, je remercie Eva d’avoir osé un tel roman. À fortiori merci à vous, Monsieur, le Maître étant toujours partie prenante des réussites de sa soumise.
      Vous souhaitant une bien agréable journée,
      Avec tous mes respects,
      Carla

  • Elodie
    Posted at 11:57h, 08 mai Répondre

    Bonjour Carla,

    Je commence une soumission dans la qu’elle je me pose des questions et cette critique de livre me donne envie de le lire car en effet je me retrouve j’aime la douleur repousée mes limites. Je pense que ça va être mon prochain achat insiste que l’esclave afin de trouver pourquoi pas « ma place » celle où je suis en totale dévotion ..
    Bonne journée
    Elodie

  • laura
    Posted at 00:23h, 13 mai Répondre

    Bonsoir Carla,
    Sur les conseils de mon Maître j’ai lu plusieurs des romans d’ Eva Delambre je reconnais avoir été un peu traumatisée par certains récits très violents, Maître m’a alors demandé si je me percevais soumise ou esclave je n’ai pu dire que « simple petite soumise Maître » j’espère néanmoins parvenir à franchir mes limites et faire honneur à Mon Maître.

    laura

Post A Comment